Malgré une amélioration sensible, le taux de mortalité néonatale précoce demeure encore élevé. Cette mortalité est le résultat d'un ensemble de facteurs liés, dans une large mesure, à des problèmes structurels.
Sur 1452 admissions, 177décès ont été enregistrés en période néonatale précoce, soit un taux de 12,19%. Par rapport aux naissances vivantes comptabilisées pendant la même période, on obtient un taux de 41/1000. Un quart des décès a concerné des nouveau-nés évacués après un accouchement effectué à domicile ou dans une maternité périphérique.
La mortalité a concerné, en majorité (59,9%), des nouveau-nés de faible poids de naissance (moins de 2000grammes); on a noté également que les moins de 1500grammes représentaient près de la moitié des décès (48,6%)
Le sexe masculin a été le plus concerné avec 56,5% des décès. Le taux de mortalité a été de 12,44% parmi les nouveau-nés de sexe masculin (100/804) contre 11,9% pour ceux de sexe féminin (77/648).
La distribution de la mortalité selon le mode d'accouchement a donné les taux suivants: 4,29% pour les césariennes et 5,83% pour les forceps. En ce qui concerne les nouveau-nés évacués des maternités périphériques, il s'agissait, dans 89% des cas, de prématurés.
Causes des décès
Une autopsie a été pratiquée pour chaque cas; les décès ont été expliqués par les causes suivantes:
- la prématurité
- la souffrance fœtale
- l'infection néonatale
- les malformations
Le taux de mortalité néonatale précoce du CHU de Dakar a connu une baisse importante au cours de ces dernières années. (une réduction de 50% par rapport à 1994). Cette baisse est en partie liée à l'application de deux mesures qui a suivi les évaluations de 1991 et de 1994.
La première mesure concerne l'élargissement des indications de césarienne, notamment lorsque la vie de l'enfant est en jeu. Mais nous sommes, plus que jamais, confrontés à la longueur des délais de prise en charge des parturientes évacuées pour accouchement dystocique. À cause des difficultés budgétaires que connaît l'hôpital, notamment liées au contexte de post-dévaluation, le stock de médicaments n'est plus suffisant pour assurer les interventions urgentes qui peuvent se présenter. Aussi, il est presque toujours nécessaire d'attendre en moyenne deux heures pour que la famille de la parturiente accueillie aux urgences puisse se procurer les médicaments prescrits. Certains cas de souffrance fœtale en font parfois les frais. Pour réduire ces délais, nous sommes en train de mettre en place un système de délivrance de "kits d'urgence" subventionnés et disponibles à l'hôpital.
La deuxième mesure concerne la formation du personnel pour une meilleure application des mesures de prévention des infections lors de l'accouchement ou de la prise en charge des nouveau-nés (asepsie-antisepsie, décontamination, nettoyage et stérilisation du matériel, évacuation des déchets).
Toutefois, la mortalité néonatale précoce en Afrique noire est, en moyenne, cinq à six fois plus élevée que dans les pays développés. D'une manière générale, elle reste élevée là où la mortalité maternelle l'est également et là où la plupart des accouchements se déroulent dans des conditions précaires en dehors des structures sanitaires.
Facteurs étiologiques
L'analyse des causes de décès a fait ressortir trois facteurs principaux: le faible poids à la naissance, la souffrance fœtale et l'infection néonatale.
L'insuffisance pondérale, liée à la prématurité ou à la dysmaturité, est associée à une forte mortalité (59,9% des cas). La prématurité, comme en 1991 (43%) et en 1994 (37,1%), demeure encore la principale cause de décès (62,71%).
L'importance de la prématurité, qui représente 5% de nos accouchements, est en rapport avec l'intrication de plusieurs éléments:
La mortalité par prématurité est surtout liée à l'hypothermie du fait du nombre réduit de nos incubateurs. Ainsi, les mois froids (de décembre à mars) sont réputés meurtriers pour les prématurés qui meurent véritablement de froid.
Actuellement, pour pallier cette situation dramatique, nous encourageons la mise en place de la méthode "kangourou", qui utilise la chaleur cutanée maternelle, en favorisant un contact étroit et durable entre le nouveau-né et sa mère.
Quant à la maladie des membranes hyalines, comme dans les travaux antérieurs, elle est exceptionnelle sous nos tropiques sans que nous ne puissions avancer une explication à cela.
La souffrance fœtale aiguë est présente chez plus de deux tiers des nouveau-nés décédés. Cette forte prévalence est en rapport avec:
On se contente, le plus souvent, de moyens rudimentaires (auscultation des bruits du cœur du fœtus au stéthoscope de Pinard, appréciation de la coloration du liquide amniotique), ce qui fait que le diagnostic est souvent posé tardivement à un stade où il est évident.
L'infection néonatale est également une donnée constante mais elle est en nette régression, avec un taux de 6% actuellement contre 21% en 1994.Cette amélioration a été possible grâce à la formation du personnel en matière de prévention des infections, même si des efforts restent encore à faire.
À côté de ces facteurs médico-obstétricaux directs, on peut incriminer des facteurs indirects tels que:
En matière de prévention primaire, il faut améliorer l'accessibilité et la qualité des services de surveillance prénatale par l'intermédiaire des mesures suivantes:
Il importe également d'améliorer l'efficacité du système de référence/recours grâce à la mise en place de réseaux de téléphones mobiles et de transports rapides (tricycles), surtout pour les zones difficiles d'accès.
Ceci devrait permettre de recevoir et de prendre en charge relativement tôt les femmes menacées d'accouchement prématuré et d'accouchement dystocique bien avant l'installation de la souffrance fœtale.
La prévention secondaire, quant à elle, doit viser à améliorer les conditions de prise en charge des nouveau-nés par:
Elle est également influencée par la condition générale des femmes, en particulier due à l'insuffisance des soins obstétricaux qui leur sont prodigués, surtout dans la domaine prénatal.
La solution consisterait à mettre en place une véritable politique périnatale préventive axée sur: